contacts newsletter
retour au hub Plein Sens


Pour vous inscrire à la newsletter entrez votre adresse e-mail.




se désinscrire

blog

A Bordeaux, les Darwiniens fédèrent numérique, écologie urbaine et économie coopérative

04/07/2014

Rencontre avec Jean-Marc Gancille, co-fondateur et directeur de la transition écologique du "projet entrepreunarial militant" Darwin, installé à Bordeaux.

 

Qu’est ce que le projet Darwin ?

Darwin est un projet “entrepreneurial-militant” si j’ose dire. C’est un lieu dans lequel nous expérimentons les nouvelles formes d’économie responsable. Notre approche repose sur trois piliers : le premier est la coopération économique entre ses membres, 100 entreprises travaillent aujourd’hui en commun sur le lieu. Le second, fondamental, est la transition écologique, ceci s’applique tant au niveau des projets que nous développons que de l’éthique qui nous anime. Notre troisième point fondamental est d’être un lieu d’émergence d’alternatives citoyennes capables de dessiner différemment nos villes. Toutes ces expressions créatives se diffusent au sein de notre écosystème.
Darwin existe dans les principes depuis 2007, il a fallu ensuite convaincre les collectivités, les investisseurs et nos futurs occupants. Nous avons eu l’opportunité d’investir dans une friche militaire à Bordeaux, de sauvegarder un patrimoine qui s’y trouvait. Le chantier a démarré dès 2010, nous y sommes installés depuis plus d’un an.

 

Comment définiriez vous la notion de coopération économique ?

D’abord l’enjeu est de nourrir des liens étroits entre les membres de l’écosystème sur différents projets, liens économiques et entrepreneuriaux. Les relations vont de l’échange de fichiers à l’élaboration de réponses communes à des appels d’offres lourds à gérer.  Nous travaillons à être liés par une solidarité entre les membres, à commencer par l’échange de bonnes pratiques. Pour que cela fonctionne, nous misons sur l’échange d’informations dans le cadre de multiples groupes de travail collectifs ouverts à tous les membres de l’association « Les darwiniens », qui assure la gouvernance du lieu. 

 

Justement, comment est organisée la gestion du lieu, qui le possède ?
Au départ, dans la conception et le montage du projet c’est une PME qui assure la mise en œuvre du projet. C’est en phase d’exploitation que nous avons travaillé à partager cette gouvernance avec l’association. Mais l’association n’a pu exister que parce que nous avons au préalable multiplié des workshops avec les parties prenantes afin de définir les règles d’usage du lieu et ce que l’on souhaitait y faire. L’association est régie selon les règles de l’économie sociale et solidaire : une personne morale, une voix. C’est cet acteur qui anime le projet au côté de l’exploitant initial que nous sommes. Sans cette approche, nous n’aurions pu sincèrement partager la vie sur ce lieu. Bien sûr une telle relation ne va pas sans friction, il y a de fait un déséquilibre entre les moyens financiers du propriétaire que nous représentons et ceux de l’association, mais globalement les choses ne se passent pas trop mal.

 

Et comment s’est passée la rencontre, la relation avec les collectivités locales ?

Notre initiative est vraiment bottom-up mais lorsqu’il a fallu trouver un lieu, nous sommes entrés en contact avec la ville de Bordeaux et la communauté urbaine de Bordeaux, dans ces échanges, certains ont considéré que Darwin était une opportunité pour sauvegarder ces friches dans un projet plus global d’éco-quartier sur la rive droite de Bordeaux. La vitesse avec laquelle nous pouvions développer ce projet a du les convaincre de la dimension gagnant / gagnant d’un tel programme. Clairement si nous sommes apparus comme des ovnis pour Alain Juppé, qui nous a soutenu, pour la CUB et globalement pour les différents services des collectivités, cela a été plus complexe. Jalousies sur les prérogatives, suspicions diverses… La relation a été difficile et c’est pas à pas, que nous avons dû les convaincre. Aujourd’hui nous conduisons ce projet en totale indépendance sachant que ce sont des capitaux privés qui le financent principalement, seuls 6% de fonds publics ont participé au financement de Darwin, sachant que les collectivités territoriales ont permis un coût d’acquisition minoré du foncier. Ces difficultés, à l’origine du projet, sont certainement une des raisons pour lesquelles nous entretenons maintenant des relations suivies avec les collectivités territoriales, qui nous permettent de nous inscrire durablement au service du territoire. Cet ancrage est essentiel pour nous, nous ne souhaitons surtout pas être un îlot dans la métropole mais bien un “booster”.

 

Quels ont été les leviers de conviction face aux collectivités territoriales ?

De manière pragmatique, notre capacité à créer de l’emploi a été jugée plus crédible que si nous nous étions présentés comme des responsables associatifs barbus pétris de convictions. Nous, nous sommes les deux. D’un côté nous sommes un cluster économique qui fonctionne et c’est cette crédibilité qui nous a permis de façon un peu squat et pirate de faire venir avec nous des associations qui seules n’auraient pas eu voix au chapitre. Jusqu’alors ces acteurs bataillaient pour trouver des lieux d’expression. C’est la popularité des associations et des activités qui se sont développées à la marge de Darwin qui ont parallèlement attirées beaucoup de bienveillance des riverains, des associations et d’un certain nombre d’élus. C’est cet écosystème qui est apparu comme évident et nous a permis d’imposer leur régularisation dans le cadre de conventions d’occupation temporaire. Mais ces tensions n’ont pas seulement été avec les acteurs publics. Cela a aussi été très difficile avec de grands groupes privés qui n’ont souvent cherché avec nous qu’à placer leurs produits, ces acteurs ne sont pas dans un désir de coproduction et s’inscrivent trop souvent dans une approche prédatrice des choses. Avec les PME nous avons plutôt été perçu soit comme de « doux rêveurs » soit comme des affairistes. La plupart ont misé sur notre échec, mais le succès de ce que nous mesurons aujourd’hui fait que les choses changent et c’est tant mieux car notre idée n’est pas de faire contre mais de faire avec, de faire bouger des lignes.

 

Donc 1) tenacité 2) posture de hacking et 3) laisser-faire, plus ou moins bienveillant, de la part des collectivités territoriales. Ce sont les règles ?

Oui, plus ou moins bienveillant. Résistance de quelques élus, résistance des services qui pour certains se sentent déligitimés et nous en veulent d’agir par le rapport de force et sans attendre les autorisations préalables.

 

L’entrepreneuriat militant ça fait rêver, ça semble sincère vous concernant, qu’est ce qui nous garantit que cela va continuer, qu’à terme vous ne privatiserez pas simplement cet espace ? Quelles garanties offrez-vous ?

Ce sont les dirigeants concepteurs qui sont et qui resteront aux manettes. Après sincèrement, nous verrons. Nous ne savons pas si dans cinq ans la viabilité économique de notre projet fera que nous serons aussi solides sur nos fondamentaux. Mais pour le moment, ce sont nos fondamentaux qui nous tiennent. Nous n’avons pas d’autres garanties.

 

En quoi diriez vous que vous participez à coproduire de l’innovation ?

D’abord en faisant de ce lieu un aimant territorial qui fédère beaucoup d’approches innovantes liées au numérique, à l’écologie urbaine, à l’économie coopérative. Ces acteurs viennent ici développer leur projet et participent à renforcer le système dans son ensemble. Le faire ensemble est la raison d’être d’un système qui ne pourrait pas fonctionner autrement.

 

Quel est l’élément clé qui fait que votre projet a fonctionné ?

Très honnêtement je ne sais pas si nous pouvons le reproduire ailleurs dans le même périmètre. Tout cela tient à une alchimie, à de la chance, à des moyens fédérés. Il y a beaucoup d’expressions fortes qui émergent un peu partout dans les grandes villes, c’est une tendance lourde. Mais toutes sont singulières. Pour nous c’est ce mélange entre entrepreneuriat, associations, fort fond écologique et approche culturelle qui a fonctionné. La condition de succès, c’est probablement de comprendre l’écosystème dans lequel on est et de rester très fermes sur les valeurs initiales. Oser et ne pas se laisser intimider par un environnement qui a du mal à changer sa culture dominante et qui a du mal à composer avec le changement. Ne pas avoir peur d’un rapport de force avec les autorités, clairement c’est quelque chose qui structure notre aventure. Assumer les risques et être transparents. Un des derniers éléments clé – et ce n’est pas neutre – on a su faire rêver, bien communiquer, fédérer. On a su donner une aura au projet, avant même qu’il éclose. C’est cette popularité qui je crois nous a permis d’enclencher tout le reste. Mais attention, tout cela est très fragile, raison supplémentaire pour rester humbles. 

 

Propos recueillis par Bruno Caillet

Licence Creative Commons
Ce article de l'Hubservatoire - Bruno Caillet est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.

 

 

Aller sur le site de Darwin : http://www.darwin-ecosysteme.fr/

Tweets de @Hubservateur

Les 6 principes clés de l'économie symbiotique http://t.co/KPzNS10fGs


plus

Tweets de @Hubservateur

Comment réintroduire de l'imagination en politique? http://t.co/AqJq1OqVDt via @LeHuffPost


Nos
partenaires :

logos partenaires