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De Johannesburg à Detroit, Grind coproduit des modèles de réhabilitation urbaine

23/09/2014

Entretien avec Alice Cabaret, co-fondatrice de Grind, association internationale d'acteurs de la réhabilitation urbaine basée dans le quartier de Maboneng à JohannesburgMaboneng (un mot sesotho qui signifie “Place of light”/ Lieu de Lumière) est un ancien quartier industriel situé dans la partie est de Johannesburg. Abandonné après la fin de l’apartheid et connu alors sous le nom de Jeppestown, le quartier s’était rapidement transformé en un haut lieu du crime. En 2009, Jonathan Liebmann entreprend avec sa société Propertuity de le réhabiliter. Il rachète les immeubles vides, sans aide publique, pour les rénover et attirer des nouveaux habitants. Hier malfamé, Maboneng est aujourd’hui à la mode, un modèle de réhabilitation urbaine et un écosystème dans lequel est né Grind.

 

 

Bonjour, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Grind ? Quelles sont ses activités ? 

 

Grind est une association d’acteurs de la réhabilitation urbaine réunis autour d’une plateforme de ressources, de connaissances et de bonnes pratiques, pour un modèle soutenable et durable, tourné vers l’inclusion des communautés locales et le développement de l’économie locale. 

 

Les activités de Grind s’articulent autour de trois grand axes : un projet de recherche pour la modélisation d’un outil de mesure de la qualité des quartiers, le développement de studios de résidences pour la mise en oeuvre de projets urbains, et des activités de conseil. C’est grâce à notre rencontre et nos échanges avec le promoteur de la réhabilitation du quartier de Maboneng que nous avons pu vraiment démarrer l’initiative Grind, notamment lorsque celui-ci nous à mis un espace à disposition fin 2013. 

 

Alice Cabaret - Grind Cities
Alice Cabaret, co-fondatrice de Grind

 

Le premier axe consiste en un projet de recherche ayant pour ambition la construction d’un outil de mesure de la performance des quartiers, sur le modèle de la norme HQE (haute qualité environnementale) dans le bâtiment et des travaux du Green Building Council. Cet outil devra nous permettre de proposer une échelle de mesure incluant des dimensions comme l’emploi ou la cohésion sociale, par exemple. L’ensemble des travaux et de la documentation produite autour des projets co-portés par le réseau Grind viendra alimenter ces recherches. 

 

Notre deuxième axe consiste en la création de Grind Studios, des lieux dans lesquels nous organisons des résidences, d’une durée de deux mois, pendant lesquelles des professionnels et des étudiants peuvent mettre en oeuvre leur projet urbain d’achitecture, artistique, ou numérique. Nous leur proposons le cadre et les outils pour travailler, ainsi qu’un hébergement pour ceux qui viennent de l’étranger. Chacun de ces projets est sélectionné sur dossier de candidature, peut ensuite se lancer et surtout documenter son expérience.

 

Parmi les initiatives notables réalisées en 2014, deux jeunes de la ville ont bénéficié du réseau pour la mise en place d’un système de livraison à domicile de produits frais, directement depuis des fermes urbaines de la ville. Le projet s’est poursuivi au-delà de la résidence pour prendre la forme d’une entreprise, que nous accueillons encore aujourd’hui en coworking. 

 

 

Un étudiant de Stanford a pu éprouver le concept de Community Cube, co-créé avec Grind. Le cube est une plateforme éphémère et mobile qui a pour vocation la création communautaire sur le territoire, une alternative aux Centres sociaux ou aux Maison de quartier, qui ne fonctionnent pas forcément à Johannesburg. Le Community Cube propose dans ses faces extérieures un espace de publication et de diffusion de messages, de petites annonces, de crowdfunding… à l’intérieur, on peut organiser des expositions éphémères, ou encore utiliser le cube comme un support de présentation ou table de réunion. Le “cube” vient à la rencontre des communautés et non l’inverse, dans une architecture facilement réplicable. 

 

Autre exemple, la Grind Works, une plateforme d’emploi à l’échelle d’un quartier avec un espace de publication physique des offres d’emploi ainsi qu’une page Facebook et bientôt un site. Ces nouveaux modes de diffusion pourront selon nous permettre de mesurer l’emploi local. Enfin, parmi les nombreuses initiatives, nous comptons quelques projets artistiques dont un mind mapping de la ville ou une performance artistique autour de la notion de recyclage à Johannesburg. 

 

Plus récemment, des collectivités et des entreprises nous appellent pour des activités de consulting. Nous avons ainsi accompagné des promoteurs qui souhaitaient valoriser des façades d’immeubles, dans la sélection et l’accompagnement d’artistes locaux. Nous comptons déjà trois fresques à Johannesburg.

 

 

Grind est très jeune et pourtant déjà très fertile en initiatives, à Johannesburg, mais également à l’international ? 

 

D’abord, Grind n’est pas pensé comme un Think Tank mais plutôt comme un Do Tank, chacun doit pouvoir tenter de mettre en oeuvre ses idées. Je suis persuadée que nous devons donner l’opportunité à chacun et notamment aux jeunes qui sortent de l’école ou de l’université de pouvoir porter leurs projets plutôt que d’être toujours réduits à des emplois dans lesquels on ne leur laisse que peu d’initiative. 

 

Nous ne sommes que trois dans l’équipe permanente (et une quinzaine de résidents chaque mois dans les Grind studios) mais nous travaillons en réseau, ce qui nous permet de nous développer rapidement. C’est sur cette base que nous avons déjà ouvert un mini Grind Studio à Panama City, dans les locaux mis à disposition par un promoteur privé. Nous travaillons actuellement avec la municipalité de Rio pour ouvrir également un studio, une démarche un peu plus lente qu’avec les acteurs privés, mais sur le point d’aboutir. 

 

Je peux également citer Cape Town, en Afrique du Sud, où nous testerons un nouveau format avec l’ouverture d’un studio dans un lieu de coworking existant. Nos implantations se situent plutôt dans les villes du “sud”, mais nous sommes déjà sur un projet à Detroit (USA). J’aimerais pouvoir ouvrir un espace à Paris, ou plus certainement dans le Grand Paris. 

 

 

Les lieux d’implantation de vos studios, ainsi que les réponses qu’ils apportent, viennent aujourd’hui en réponse à des situations de crise. Pensez-vous, comme nous nous interrogions il y a peu, que ces démarches ouvertes, de coproduction ou d’économie collaborative resteront cantonnées à la réponse à des situations de crise, ou bien deviendront-elles la norme ?

 

Les crises sont des opportunités pour voir émerger d’autres manières de penser et induire des nouvelles formes d’urbanisme. Les activistes de Tactical Urbanism se sont par exemple organisés dans un contexte de crise où ils ne savaient pas où aller chercher des réponses aux problèmes qui étaient ceux de la population. Ils ont ainsi répondu par des opérations de “guerrilla gardening”, la mise en place de bibliothèques urbaines, l’installation sauvage de commerces de proximité ou la création de passages piétons. Ces initiatives doivent selon moi pouvoir s’intégrer dans des nouveaux modes de “faire la ville”, elles pourraient être possible dans des systèmes qui ne sont pas forcément en crise, au coeur de Paris par exemple. Je suis persuadée que le sous-projet Grind Works aurait toute sa place au coeur du 9ème arrondissement de Paris, par exemple. 

 

 

Les Grind Studios ne sont pas sans rappeler la démarche de Darwin Ecosystème à Bordeaux, projet dans lequel les acteurs ont eu à s’imposer à une collectivité qui au départ ne les soutenait pas. Vous avez-vous même lancé votre initiative grâce à des acteurs privés. Quels ont été les rapports avec la collectivité publique ? 

 

Nous avons effectivement des points communs avec Darwin. Dans notre cas, la municipalité de Johannesburg n’était pas intéressée. Maboneng Precinct a démarré dès 2009 sous l’impulsion du promoteur Propertuity, sans aucune aide de la collectivité publique. Ils ont pu travailler seuls à la réhabilitation des bâtiments mais ils ont rapidement eu besoin des apports du public pour la rénovation des infrastructures telles que les routes ou l’éclairage public. Les relations étaient au départ conflictuelles mais se sont peu à peu améliorées. 

 

Grind s’est s’imposé dans ces relations conflictuelles en “zone tampon”. Grâce à notre engagement avec les communautés locales, la municipalité s’est de plus en plus impliquée, nous avons ainsi joué un rôle de tiers de confiance dans ces relations entre le promoteur privé, l’acteur public, et la population. Nous avons joué notre rôle de plateforme de mise en relation entre les résidents eux-mêmes, anciens et nouveaux, par des processus de collaboration, selon un modèle réplicable. J’ai d’ailleurs constaté les mêmes problématiques de relations à Detroit entre les résidents et la municipalité, et le besoin d’un médiateur entre ces acteurs. 

 

Au-delà de l’opérationnel, nous souhaitons vraiment pouvoir mesurer l’impact des actions sur les quartiers en réhabilitation, trouver une échelle d’évaluation et de mesure, selon des critères qualitatifs et quantitatifs. Grind a vraiment vocation à jouer le rôle de facilitateur, tout en gardant son ambition de projet de recherche et de plateforme de mise en oeuvre de solutions urbaines. 

 

 

Propos recueillis par Régis Chatellier

Licence Creative Commons
Cet article de l'Hubservatoire - Régis Chatellier est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

 

Aller plus loin : 

Place of Light from Bram Janssen on Vimeo.

 

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