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Initiatives territoriales d’économie circulaire : « Collectivités, don’t get in the way » ?

08/07/2014

Quel positionnement et quelle approche pour les collectivités territoriales dans les projets de coproduction de l’innovation appliqués à l’écologie industrielle. Pour Pascal Hardy, rencontré au Colloque de Cerisy sur l’avenir de l’industrie, l’initiative privée et le pragmatisme sont de rigueur. 

 

Les démarches locales d’écologie industrielle font aujourd’hui florès – du moins dans les discours. Elles figuraient en bonne place des récentes Assises de l’économie circulaire, tenues à Paris sous l’égide de l’Institut de l’économie circulaire et de l’Ademe.
                                    
Comme pour toutes les initiatives territoriales, on repère au moins trois conditions de réussite cruciale : la qualité de mobilisation d’acteurs diversifiés, l’impulsion stratégique donnée au projet, et la capacité d’animer un réseau de parties prenantes aux motivations diverses.

 

Derrière la rhétorique, la machinerie du réel

 

Dans ces systèmes d’acteurs complexes au service de la co-production d’innovation locale, qui est en meilleure place pour opérer la mise en œuvre  du jeu des acteurs ? Qui peut organiser l’alignement continu des acteurs autour d’un intérêt commun ?

 

Les collectivités territoriales et leurs émanations, qui se perçoivent comme naturellement leaders dès qu’il en va du bien commun local ? Les entreprises, notamment industrielles, directement concernées ? Des opérateurs publics nationaux, revivifiés dans leurs missions ? Des agences conseil, des intermédiaires, des « tiers de confiance » – mais commandités par qui ?

 

Aucune réponse homogène et universellement valable n’est bien sûr à attendre, mais dans la diversité des situations commencent à apparaître des éléments d’enseignement. Au cours de l’étude Hubservatoire, nous reviendrons régulièrement sur ces « retours d’expérience ». Cependant il faut bien commencer quelque part – autant entamer le sujet avec une perspective assez radicale, celle portée par Pascal Hardy, fondateur de la start-up d’écologie industrielle Inex, croisé lors du récent Colloque de Cerisy dédié à l’avenir de l’industrie

 

« Surtout, ne pas faire les choses à la française »

 

« Inex est née du constat que la grande majorité des projets d’écologie industrielle en France échouaient ou s’enlisaient de manière récurrente », confie Pascal Hardy. Le ton est donné. Et pourquoi ces initiatives échouent ? « Parce qu’en général on cherche d’abord à engager une vaste réflexion locale, de fastidieuses études de flux, pour établir un diagnostic partagé sur les possibles, avec une rhétorique incantatoire du bien commun. On ne se préoccupe qu’ensuite d’impliquer et d’intéresser les entreprises concernées ».

 

Dans cette logique, on retrouve souvent les collectivités publiques locales à l’initiative, par exemple via une étude de flux sur la zone pressentie, déclenchant ensuite une étude de faisabilité, déclenchant elle-même une concertation autour de la vision stratégique, déclenchant un plan d’action, déclenchant des études de financement possible, déclenchant des appels d’offres… A la française, donc : beaucoup de déclenchements, peu d’enclenchements concrets.

 

Pour Pascal Hardy, « la commande initiale ne suffit pas à engager une dynamique qui aille au bout avec des effets réels ».

 

Inex prend donc les choses autrement : en identifiant les points d’intérêt économique précis et les problèmes concrets des entreprises concernées – approchées dans leur singularité et de manière plus réticulaire que globalisante. La co-innovation commence ensuite, par un travail d’ateliers d’entreprises visant à partager les constats, éclairer les possibles, mesurer les ressources et les contraintes, et définir des réalisations atteignables.

 

Ce n’est qu’ensuite que l’on passe aux grands objectifs collectifs, à l’explicitation du bénéfice global pour le territoire… bref : à l’intérêt général. Si les actes sont précédés par les grands discours sur le bien commun, si on part de la généralité pour tenter de ré-atterrir sur le concret, il ne se passe en général rien. Dans les faits, le bien commun se compose horizontalement, à partir des préoccupations des acteurs. Very unfrench, indeed.

 

Pour un « court-circuit créateur »

 

Quelle place alors pour les collectivités territoriales ?

« J’aurais une réponse intuitive et personnelle, réfléchit Pascal Hardy. Si je suis une collectivité et que je veux favoriser les initiatives d’écologie industrielle territoriale, alors le mieux est d’encourager les acteurs à s’expliquer leurs enjeux sur les ressources – puis je les laisse très vite s’auto-organiser. Je leur laisse le droit d’expérimenter, je leur fournis le cadre qui rend possible d’expérimenter. Ensuite seulement je réinvestis le projet, par de la contractualisation, du service, de l’accompagnement sur les problèmes administratifs qui se posent, de la coordination avec les grands projets du territoire, etc. »

 

Mais le réalisme reprend vite le dessus : « Certaines collectivités ont du mal à abandonner leur déroulé méthodologique Etude > Conseil > Stratégie > Implication > Appel d’offre. Cela noie les projets parce que cela désimplique les acteurs de ne les associant concrètement qu’une fois au stade de l’opérationnalisation ».

 

Mieux vaudrait donc pour les acteurs économiques d’être à l’initiative, pour ensuite impliquer la collectivité publique sur la base d’éléments de projets concrets déjà cristallisés. D’où l’idée défendue par Pascal Hardy du court-circuit organisé comme véritable créateur de la co-innovation, de l’auto-saisine rapide par les entreprises elles-mêmes. L’idée de base est que chaque groupe d’acteur soit à sa meilleure place : les entreprises à l’initiative, les collectivités à la facilitation et à la régulation.

 

Tiers de confiance et opérateur de cristallisation

 

« Notre positionnement dans ces initiatives est celui d’une start-up qui agit comme tiers de confiance auprès des acteurs impliqués », revendique Pascal Hardy. Le projet peut être mané par exemple par un acteur isolé ou à l’occasion d’une réflexion lancée par la collectivité, et Inex accompagne ensuite le déroulement sans être commandité par un acteur spécifique, sans faire d’intermédiation, et se rémunère surtout par la perception d’un pourcentage sur les économies globales réalisées par les entreprises une fois la démarche d’économie circulaire mise en place.

 

« Nous sommes un opérateur de cristallisation qui permet à tout le monde de se situer, poursuit Hardy. Nous accompagnons le réseau des acteurs, qui trouve en nous un instrument utile pour l’animation de projet, qui n’est pas dans une logique de prestation, qui n’est pas inféodé à un commanditaire, qui n’a pas la lourdeur d’une structure dédiée. »

 

Le modèle économique d’Inex rend la start-up directement intéressée à l’approfondissement et à la massification des démarches, et l’incite à concevoir des modèles souples, facilement réplicables, pour parvenir à un modèle d’affaire scalable.  

 

“Auto-organisation”, “expérimentation” et mise en oeuvre pragmatique comme préalables à la contractualisation publique sont des solutions préconisées assez proches tant dans le sujet que dans le mode de fonctionnement de l’expérience de Kalundborg Symbiosis au Danemark. Pour autant, comme nous le voyons dans la critique de la gouvernance effectuée par Alain Deneault, laisser seules les sociétés poser les règles d’un projet, n’est ce pas fausser toute possibilité d’un échange équitable entre les différentes parties prenantes. Dans ce jeu de ping pong, y a t il une règle ? Nous en voyons deux (qui resteront à questionner) : la première, ne pas poser de règle. La seconde consiste certainement à poser sur un territoire un jeu d’acteurs investi en permanence dans des processus de co-construction pour que, dans les temps différents de l’échange, les collaborations soient testées sous toutes leurs formes. Penser donc territoire de coproduction plus que coproduction de l’innovation, seulement par projet. Néanmoins, ce premier éclairage proposé par Pascal Hardy nous ouvre des pistes à suivre dans l’expédition qui sera la nôtre au fil des mois, un point de vue que nous étaierons, discuterons ou opposerons par des exemples francophones ou internationaux. 

 

Aurélien Fabre

 

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