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Kalundborg Symbiosis : la coproduction de l’écologie industrielle

10/06/2014

A Kalundborg, ville portuaire située au nord-ouest de Seeland ( Danemark), la légende raconte que c’est lors de longues soirées d’hiver, quand la principale occupation de quelques entrepreneurs consistait à manger des harengs en se réchauffant avec quelques liqueurs locales, qu’est né le projet qui allait faire de Kalundborg une référence mondiale en terme d’écologie industrielle et de “symbiose” industrio-environnementale.

 

Partis de simples échanges informels dans les années 60, ces quelques entrepreneurs ont constitué avec les années une véritable chaîne de recyclage des déchets industriels. La capacité à collaborer, coopérer et coproduire développée par les employés des différentes entreprises de la ville a permis le développement de Kalundborg Symbiosis sur quarante années, apportant à chacun des bénéfices “économiques, culturels et environnementaux”.

 

Ce qui n'était pas encore le programme Kalundborg Symbiosis a démarré en 1961, quand Statoil (devenu Esso depuis) avait des besoins en eau pour sa raffinerie. Une première canalisation était tirée entre Statoil et un lac tout proche. En 1972, Statoil concluait avec l’entreprise locale Gyproc un accord pour lui fournir ses excès de gaz naturel, qu’elle utilisait pour alimenter ses fours pour le séchage des plaques de placoplâtre. Un an plus tard, Dong Energy entrait dans la boucle en se connectant à la canalisation d’eau. Petit à petit, les coopérations entre les entreprises et le public se sont développées, associant la ville de Kalundborg, l’usine Novo Nordisk de production d’enzymes et de produits pharmaceutiques, la centrale thermique au charbon Asnaes Power Station et l’entreprise de dépollution des sols Bioteknisk Jordrens… Le nom de Kalundborg Symbiosis était donné beaucoup plus tard.

 

La chaleur produite par la raffinerie dans le circuit de chauffage urbain

 

En 1988, le plus gros projets était mis en place : alimenter la raffinerie de Novo Nordisk avec la vapeur d’eau produite par l’usine de production électrique Asnaes, une vapeur de très bonne qualité acheminée par des pipelines longs de trois kilomètres. L’installation de ces pipelines était coproduite par la collectivité, qui au même moment étendait son réseau de chauffage central, profitant ainsi du réseau de chaleur.

 

The Kalundborg Symbiosis UK from Social Action on Vimeo.

 

 

 “la coopération n'a rien d'extraordinaire, c'est juste du bon sens"

 

Jorgen Christensen, consultant pour l'Institut de la symbiose Kalundborg Danemark, expliquait dans une interview donnée au site Eco Parc que “ce n'est pas une organisation qui a été planifiée. Elle s'est formée toute seule. Le nom "symbiose industrielle" a été créé bien plus tard, lorsque nous avons réalisé que l'organisation que nous avions là n'était pas courante et que nous pouvions l'utiliser dans d'autres thématiques et d'autres lieux pour le bénéfice de tous”, ajoutant que “la coopération n'a rien d'extraordinaire, c'est juste du bon sens. Quand deux entreprises ont commencé à penser que la réutilisation des déchets d'une entreprise serait une chose smart.” En matière de coproduction, le même Jorgen Christensen précise que la “principale caractéristique de ce projet est la spontanéité”, ajoutant pour le cas de Kalundborg Symbiosis que “ces échanges ne peuvent être organisés ou forcés par une organisation nationale [mais que l’on peut] influer sur les chances d'aboutir par différents systèmes d'aide.”

 

En 2004, la symbiose industrielle avait permis à Kalundborg la réduction de consommation de ressources de 45 000 tonnes de pétrole par an, 15 000 tonnes de charbon par an et surtout 600 000 m3 d’eau douce chaque année. La réduction des gaz à effets de serre était évaluée à 175 000 tonnes par an de gaz carbonique et 10 200 tonnes de dioxyde de soufre. Les avantages économiques, véritables leviers de ce projet pour ses porteurs, étaient eux aussi au rendez-vous : les revenus annuels étaient évalués à 10 millions de dollars (par l’économie de ressources et la vente de déchets), le temps moyen d’amortissement pour les nouveaux entrants était inférieur à cinq ans.

 

On voit bien avec ce projet singulier que la coproduction de l’innovation peut naître de manière spontanée et aboutir à des grands résultats, si la confiance entre les partenaires et les intérêts de chacun sont préservés. L’autre enseignement dans Kalundborg Symbiosis est le caractère hyperlocal - proximité des entreprises - et différencié - les entreprises avaient chacun leur domaine d’activité. Le caractère non-concurrentiel a ici été un des principaux leviers pour la coproduction de l’innovation.

 

Régis Chatellier

Licence Creative Commons
Cet article de l'Hubservatoire - Régis Chatellier est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

 

 

A lire :

→ Arnaud Diemer et Sylvère Labrune - L’écologie industrielle : quand l’écosystème industriel devient un vecteur du développement durable - Revues.org 
 Suren Erkman, Vers une écologie industrielle, ECLM, 2004 - 251 pages

 

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