contacts newsletter
retour au hub Plein Sens


Pour vous inscrire à la newsletter entrez votre adresse e-mail.




se désinscrire

blog

L’innovation départementale, pour des territoires pas si ringards

15/12/2014

La mission d’innovation portée les départements français ne pouvait que nous étonner émanant de cette forme administrative initiée il y a plus de deux siècles, que beaucoup souhaitent voir disparaître dans leur démarche de rationalisation des politiques publiques. Présenté en juin 2014 à l'assemblée des départements de France, le rapport de Rémi Chaintron est pourtant un document intéressant dans sa tentative de proposer une innovation conçue du point de vue des territoires. Cette mission dessine enfin un type d’innovation conviviale, c’est à dire partagée, en posant le département comme une échelle importante pour l’expérimentation de nouvelles politiques de développement territorial, et de mise en œuvre d’une culture de l’innovation en France. Au gré de multiples exemples cette mission tente d’identifier les leviers d’une politique territoriale contemporaine.

 

Un document de résistance

 

Positionner les départements comme plateformes d’innovation procède clairement d’une dynamique de résistance. A l’heure de leur remise en cause et d’une paupérisation sans précédent, positionner les départements dans un monde contemporain est l’enjeu essentiel que défend cette étude. Plus que de légitimer l’existence des départements, cette mission s’attache aussi à défendre les clauses de compétence générales au motif que rien ne nuirait plus aux territoires innovants que de voir enfermés certains secteurs de recherche et d’innovation dans des cadres et des normes empêchant toute concurrence, toute porosité ou a minima, toute coordination donc toute créativité possible. Si cela peut sembler aberrant économiquement, cette idée n’est certainement pas sans intérêt.

 

Un besoin et un potentiel d’innovation récurrent

 

Si l’enjeu de cette étude est bien de dépoussiérer l’image des départements, leur besoin d’innovation relève d’enjeux concrets. Agissant principalement sur les politiques sociales, les départements doivent être plus présents à budgets constants. Ils doivent donc  être innovants dans leurs procédures d’intervention et dans la mutualisation des moyens. L’innovation proposée vise donc principalement la conduite du service public. Elle repose sur la nécessité d’impliquer les agents dans la définition même des missions, de concevoir les approches de manière plus déléguées, moins normées et conçues au fil des actions. Par exemple : plutôt que d’imposer aux usagers des dossiers complexes à produire et coûteux à traiter, ne pourrions nous pas être plus souples dans les modes d’attribution des aides et associer aux missions des accompagnements et assistants sociaux une compétence de contrôle à postériori ? L’innovation doit-elle plus procéder d’un ensemble de protocoles et de décisions que de processus qui s’inventeraient au fur et à mesure ? Le manque de moyens des conseils départementaux ne serait-il pas l’occasion de réinventer tout ou partie des conduites du service public de façon plus souple et plus confiante ? Plus confiante dans les agents et les usagers.

 

Les leviers de l’action départementale pour une innovation conviviale

 

Le premier intérêt de cette étude reste celui de définir l’innovation du point de vue des territoires et de considérer que l’intelligence collective ne se décrète pas mais qu’elle s’essaie par tous moyens. Cette mission refuse l’innovation pour l’innovation et promeut "une innovation destinée à mettre en œuvre dans une approche de coopération (ou de co-construction), des réponses, services, actions ou dispositifs inédits pour améliorer ou transformer l’existant au bénéfice des habitants et de leur territoire". C’est bien l’égalité de traitement plus que la technologie elle même qui est ici promue. L’innovation est dans cette mission principalement conçue dans une dynamique de transformation et de conduite de changement.

 

"L’innovation doit être en adéquation avec son territoire, ses habitant(e)s. l’innovation est une notion relative, qui varie en fonction de l’écart entre l’endroit d’où on vient et celui où l’on souhaite arriver". Si nombre de propositions attendues et connues parsèment cette étude, retenons quelques points qui, si on les respectait, distilleraient plus d’efficacité, d’autonomie et de créativité dans les façons de produire du service public. Retenons le fait de promouvoir la motivation d’une intelligence collective associant décideurs, agents, usagers, acteurs extérieurs au motif qu’une “frustration, un détachement de la chose publique et le sentiment de ne pas pouvoir peser sur les décisions et les orientations sont partagées par un grand nombre de citoyens”. 

 

Une innovation du point de vue du bien-être territorial

 

Parmi les recommandations de ce rapport, on trouve aussi : approche éco-responsable ; recherche de nouveaux services ; travail sur l’accompagnement d’une société numérique ; investissement dans le déploiement de solidarités humaines ; respect des spécificités territoriales et d’une dynamique de solidarité ; recherche sur les conditions de mutualisation et d’efficience. Cette liste que l’on connaît et l’inventaire d’exemples finit par laisser un doute. Y a t-il vraiment là quelque chose de nouveau ? Serions-nous passés à côté de ces territoires au point de ne rien voir des gisements d’intelligence listés sur ces différents cahiers ?  Pourquoi les départements seraient-ils différemment innovants que les régions ou les communautés urbaines ? Peut-être d’abord parce que, de part leur diversité, la complexité de leur écosystème et d’une identité culturelle plus forte, les départements sont "des bassins de vie cohérents et appropriables".

 

Un point relève notre attention : la dimension sociale au cœur des process d’innovation. De part leurs missions et les grandes disparités territoriales, ces organisations ne peuvent faire autrement qu’inventer avec et dans le social. Ici pas de techno fascination, c’est dans l’action, le concret et le partage que l’innovation est promue. "Les services départementaux dédiés aux solidarités humaines et territoriales travaillent aujourd’hui de manière décloisonnée et cohérente au plus près des besoins des territoires et de leurs habitants (…) les professionnels lancent des passerelles entre les disciplines, avec le soucis de proposer des parcours cohérents et globaux aux personnes". L’étude concluant même la nécessité d’associer l’innovation à une évaluation du point de vue de la qualité de vie quitte à inventer un mode de calcul du bien-être et à privilégier une culture de "l’être mieux" plus que "l’avoir plus". Les conseils départementaux seraient, dans un tel cadre, les plus aptes à apporter "cette part d’humanité dans les politiques publiques" alors que les régions et les futures métropoles ne viseraient, elles, qu’une innovation orientée vers la compétitivité des entreprises. Placées sous cet angle, les politiques d’innovation départementale feraient alors sens dans l’écosystème et le mille-feuilles administratif que nous connaissons.

 

Vers un laboratoire partagé

 

La dimension de communication d’une telle étude est évidente et ce document est clairement engagé au point où l’on pourrait croire que l’on ne vit bien en France qu’en relation avec son Conseil général. La liste des projets à succès fait oublier l’inertie des départements et la faible représentativité des élus. En 2011, 12% des conseillers départementaux étaient des femmes, 55% avaient plus de 60 ans, 0,7% sont des ouvriers… Ce terreau est-il propice à l’innovation ? L’étude semble avoir conscience de ces freins quand elle appelle dès son introduction à la mise en place d’une "innovation transgressive".

 

D’autre part, si dans les recommandations de cette étude, la notion d’échec est revalorisée : "tout vouloir contrôler et régenter est contre-productif", on ne traite pourtant dans ce document que des succès pour lesquels ni évaluation, ni méthode de conduite ne sont réellement présentés. 

 

Ainsi l’intérêt d’une telle mission reste d’abord la possible et nécessaire préfiguration d’un laboratoire partagé à l’échelle des départements pour capitaliser sur ces expériences, transposer et généraliser les plus pertinentes. Cet échange de "pratiques inspirantes" orientées dans le cadre d’une innovation sociale serait alors une des pistes les plus intéressantes pour que les départements défendent enfin leur existence. Dans une telle dynamique, ils participeraient de manière fondamentale au débat sur les politiques publiques de l’innovation. Cela suppose bien sûr de n’agir ni dans une simple volonté de communication ni de réduction mathématique des coûts mais bien de penser l’innovation sociale comme un projet politique nécessaire à l’émergence de nouvelles formes de citoyennetés. Et pour se faire ne devrions-nous pas d’abord travailler à être innovants dans les conditions même d’élection de nos élus départementaux ? Nous aurions là la première preuve d’un désir de changement.

Tweets de @Hubservateur

Les 6 principes clés de l'économie symbiotique http://t.co/KPzNS10fGs


plus

Tweets de @Hubservateur

Comment réintroduire de l'imagination en politique? http://t.co/AqJq1OqVDt via @LeHuffPost


Nos
partenaires :

logos partenaires