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L’innovation ne se décrète pas, elle se cultive

20/05/2015

 

Face aux bouleversements provoqués par les services numériques et à leurs conséquences pour l’égalité des territoires, l’Assemblée des Départements de France (ADF) a entrepris un programme prospectif visant à favoriser l’appropriation des usages par tous au niveau départemental. Dans un contexte d'accélération du calendrier de la réforme territoriale et alors que les discussions en cours évoquaient la possible suppression des Conseils généraux à horizon 2020, la question des politiques publiques départementales d’innovation ainsi que celle de l’acceptation de la coproduction de celles-ci est devenue prioritaire.

 

Entretien libre avec Jean-Pierre Quignaux, responsable de la mission « Usages et Services Numériques, Innovation et Aménagement Numérique du Territoire » de l’ADF depuis mars 2010.

 

Pouvez-vous nous expliquer les missions que vous assumez pour l’Assemblée des Départements de France ?

 

Il s’agit de capitaliser ce qui est fait en termes d’innovation dans les départements. Pour cela, nous avons notamment organisé des prix d’innovation afin de faire remonter des expérimentations et des réalisations. Parmi les 115 candidatures que nous avons reçues, se trouvaient des innovations très variées, touchant par exemple à l’innovation sociale ou encore relationnelle et pas uniquement aux nouvelles technologies.

Nous avons également accompagné la mission confiée au Président du Conseil général de la Saône-et-Loire, Rémi Chaintron, sur les politiques d’innovation départementales. Cette mission a abouti à un rapport soulignant la capacité des départements à être des agrégateurs de problématiques, d’idées et d’initiatives. Cette capacité systémique est intimement liée à la mission de l’institution départementale, qui est l’harmonisation des services publics sur un territoire où existe de la diversité. Les départements occupent une position d’acteurs interstitiels entre les communes. De ce point de vue, ils possèdent une véritable capacité à mettre en œuvre des actions innovantes. 

Au plan national, une connexion s’est faite très rapidement avec l’initiative Réacteur Public. Ce consortium pose la question du design des politiques publiques, de leur coconception entre l’Etat, les collectivités territoriales et les usagers, ainsi que des nouvelles méthodes de management et de pensée pour cultiver l’innovation et lui donner une place dans les organisations publiques.

 

Pouvez-vous nous parler un peu plus de votre projet de laboratoire des idées, des initiatives et des innovations départementales ?

 

On constate aujourd’hui que dans chaque département des missions prospectives relatives à l’innovation et au design des services publics sont engagées. L’idée est de créer des flux entre ces personnes en mettant en place des modes de communication à travers, notamment, du réseau social de l’ADF, départements-en-réseaux.fr, de l’alimentation d’une base commune de connaissances, de l’organisation d’ateliers,…. Nous espérons aussi pouvoir demain mettre des moyens à disposition des porteurs d’idée qui sont à la recherche de partenaires ou qui souhaitent échanger sur une problématique spécifique, en leur offrant par exemple la possibilité d’utiliser un format de web tv interactive pour présenter leur projet.

 

Le vrai enjeu actuel est de sortir de la compétition entre départements pour mettre en place une véritable coopération interdépartementale. C’est la mission du L3ID de promouvoir les coopérations, les mutualisations et la confiance dans les processus de coproduction des politiques d’innovation départementales.

 

Dans le cadre des travaux que vous impulsez depuis plus d’un an maintenant, quelle est votre perception sur le premier rapport d’étape produit par l’Hubservatoire?

 

L’Hubservatoire ne met pas au centre l’innovation, mais la coproduction de l’innovation. Cela me paraît être la bonne façon de poser le problème. On voit bien que, aujourd’hui, ce qui est nouveau se heurte aux égos et au syndrome du « not invented here ». Il y a une réticence à s’approprier ce qui n’a pas été mûri sur place ou sur le terrain. D’autre part, les travaux de l’Hubservatoire soulignent bien que l’innovation ne se décrète pas, elle se cultive. Lorsque vous évoquez la question de l’animation du mouvement de coproduction, vous posez bien le problème de la maturation du processus qui amène à l’acceptation de l’innovation. Une innovation, c’est une invention couplée à une acceptation et une appropriation. Grâce à l’angle de la coproduction, vous soulevez la problématique de la fabrication de l’acceptation. De son côté, l’ADF a souligné le problème de la fabrication de conventions territoriales pour anticiper et assumer les transitions numériques, énergétiques, environnementales, et créer ainsi du consensus. Ensuite se pose la question centrale, pour la mise en oeuvre des projets, de la création de confiance entre acteurs et du rôle éventuel d’un tiers de confiance. 

 

La puissance publique est-elle réellement capable de “lâcher prise” sur l’innovation, et d’agir dans un cadre conventionnel ?

 

A mon avis – et c’est une position personnelle- cela implique que l’Etat central ait confiance dans les territoires et dans des processus conventionnels territorialisés fabriquant des droits et des devoirs coutumiers qui ne seraient pas du ressort de la loi, du décret et de la norme.

 

Cela est-il associable aujourd’hui avec l’exercice de la puissance publique ?

 

C’est un peu contradictoire avec notre culture puisque nous sommes un pays où la réflexion théorique préalable est prééminente et prend le pas sur ce que l’on peut apprendre dans le cadre de processus itératifs. Nous sommes un pays où l'École normale est bien l’école d’une forme de normalisation et où l’ensemble du système éducatif est historiquement calibré pour sélectionner des Grands Corps de serviteurs de l’Etat qui ont la légitimité pour penser pour les autres et pour innover pour le plus grand nombre au nom de l’égalité.

 

Pourquoi cette approche par la production locale de la confiance peine-t-elle aujourd’hui à fédérer les élus et les territoires ?

 

Les difficultés que l’on connaît aujourd’hui témoignent du paradoxe français : nous sommes très modernes d’une part dans la mise en œuvre des technologies car nous bénéficions de grands ingénieurs techniques mais d’autre part, il existe des difficultés d’adaptation. L’approche anglo-saxonne de l’innovation, de son côté, est pragmatique. Elle reconnaît les parcours de réussite et les parcours d’échec comme faisant partie de l’accès personnel à la connaissance et comme des conditions nécessaires à l’exercice de responsabilités. Personnellement, je pense qu’en France, l’échec ou l’erreur ne font pas vraiment partie du processus de connaissance. Ils sont le plus souvent blâmés. La confiance en soi en pâtit et cela fait le lit à la défiance vis-à-vis de l’autre et de la nouveauté. Pourtant, il existe bien un mode d’accès à la connaissance qui n’est pas du domaine de la théorie mais qui est expérimental, par tâtonnements, par l’essai et l’erreur. L’innovation provient souvent de la fertilisation croisée - et parfois hasardeuse des domaines de connaissances- or nous sommes un pays qui fonctionne beaucoup par catégories, par classement, par disciplines, et en silos.

 

Quels seraient les leviers de l’acceptation de la coproduction de l’innovation ?

 

Une posture entrepreneuriale est nécessaire pour transformer l’action publique. La puissance publique française est née d’un mode de pensée trop rationnel, mécaniciste et théorique. Pourquoi aujourd’hui ne se mettrait-elle pas à promouvoir une systémique, une heuristique moins normalisée, plus expérimentale ? Pourquoi la puissance publique française ne ferait-elle pas confiance aux territoires pour entrer dans un nouvel âge de l’innovation républicaine? Il s’agit d’une question de logiciel institutionnel, le modèle de représentation des fondamentaux de l’exercice citoyenneté est peut-être à changer.

 

Les territoires possèderaient-ils une capacité systémique supérieure à celle de l’Etat ?

 

A mon avis, au niveau local, les territoires ont une plus grande capacité d’être à l’écoute des aspirations ainsi qu’une capacité de dialoguer et de convaincre. Selon les territoires, les façons de penser sont différentes. Les cultures ainsi que les situations économiques sont variées. Pour autant, ces différences et cette diversité ne signifient pas du tout la disparition de l’Etat. Elles sont peut-être même les garantes de sa métamorphose.

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