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Quelle politique publique de l’innovation ?

29/08/2014

 

Rencontre avec David Adolphe, chargé de mission des écosystèmes de l’innovation pour la Direction Générale de la Compétitivité, de l'Industrie et des Services du Ministère de l'économie, du redressement productif et du numérique. Membre de l’équipe French Tech, il travaille en collaboration à la mise en oeuvre de cette nouvelle politique publique visant à fédérer et à structurer les écosytèmes de startups  en France, et à les faire connaître à l’international. « Etendard » à destination des startups, la French Tech est-elle une marque supplémentaire de bonne volonté ? Que dit-elle d’une politique publique de l’innovation ? 

 

Si la démarche d’innovation centralisée et portée par de grands dispositifs est aujourd’hui moins en vogue, la puissance publique se cherche encore sur ces terrains. Entre labels, centres de recherches emblématiques, références internationales pas forcément appropriées, multiplication des dispositifs, concurrence des acteurs ou entre soi, il est souvent difficile de lire une politique claire d’innovation portée par l’État et par les collectivités territoriales. Pourtant la French Tech, même si ce n’est qu’une marque, pose de premiers éléments d’une méthode peut-être plus appropriée, a minima complémentaire de l’existant.  

 

Hub / Bruno Caillet : Qu’entend-on par “écosystèmes de l’innovation” du point de vue de l’État ?

 

David Adolphe : La notion d’écosystème repose plus sur des constats que sur une définition précise. Un écosystème peut s’inscrire au niveau géographique, sur une thématique économique, sociale, d’innovation et/ou sur tout cela croisé. Par exemple l’écosystème de la recherche partenariale au niveau national est représenté par l’institut Carnot, les IRT et certaines entreprises (grands groupes, souvent). A l’échelle d’une agglomération comme Toulouse, son écosystème de la recherche partenariale sera illustré par l’implication active sur le domaine de l’aéronautique entre les centres de R&D, universités et les grands groupes présents.
La politique publique de soutien à l’innovation est un mot valise pouvant aussi bien prendre en compte la recherche partenariale que le financement de l’innovation, en passant par beaucoup d’actions différentes... 
Notre travail est d’identifier et de mettre en relation les acteurs présents, les réseaux existants, le patrimoine du territoire, les dispositifs actifs, les initiatives nouvelles… Un écosystème n’est pas une démarche linéaire ou monolithique, c’est un périmètre propre à chaque territoire et à chaque thématique. Nous nous intéressons autant à la présence d’un type d’acteurs dans un même périmètre qu’aux liens qui existent entre eux.

 

Hub / Bruno Caillet : Existe-t-il des éléments récurrents pour le bon fonctionnement d’un écosystème ?

 

David Adolphe : De manière très pragmatique, on repère d’abord un écosystème qui fonctionne dans sa capacité à créer de la valeur, quand les acteurs, le réseau et la gouvernance locale s’entendent. Il est intéressant de constater que les mêmes dispositifs et typologies d’acteurs ne garantissent pas la même qualité de fonctionnement d’un écosystème à l’autre. 

 

Hub / Bruno Caillet : Mais en amont, dans leurs formes de gouvernance, repérez vous des conditions dans lesquelles cela fonctionne mieux que dans d’autres ? 

 

David Adolphe : La capacité à capitaliser sur les atouts propres à chaque écosystème, atouts historiques principalement, est l’une des premières conditions. Lors de nos rencontres dans le cadre de la French Tech on voit bien que les écosystèmes de start-ups qui fonctionnent le mieux sont ceux qui tirent leur avantage de leur spécificité, ne s’éparpillent pas. À titre d’exemple, Lille tire son épingle du jeu sur la question du commerce numérique, probablement parce que les acteurs de la VPC y sont depuis longtemps installés. Ces acteurs sont déjà des catalyseurs d’économie, tant en recherche d’initiatives qu’en coopérations effectives.

 

Hub / Bruno Caillet : En dehors du capital d’un territoire, quels sont vos critères de labellisation des métropoles French Tech ?

 

David Adolphe : Le candidat doit d’abord avoir une dimension métropolitaine pour atteindre une taille critique dans un lieu concentré. Ensuite, il faut que ces métropoles présentent une stratégie crédible de développement à dix ans, notamment à l’international. Quels moyens de développement se donnent elles ? Dans quel cadre de projet politique d’attractivité ? Quelle est la nature des partenariats existants, publics et privés ? Quelles sont les conditions de financement du programme ? Globalement nous avons besoin de repérer la crédibilité du projet stratégique et l’implication de l’ensemble des partenaires nécessaires au bon fonctionnement d’un écosystème qui vise à la croissance des startups (universités, entrepreneurs, tiers lieux, business angels, institutions publiques, etc). 


Cela nécessite d’avoir des actions concrètes et portées par un leadership entrepreneurial, avec par exemple la création d’accélérateurs de startups, des dispositifs d’attractivité des talents étrangers, des actions ciblées pour valoriser les startups à fort potentiels sur le territoire, …

 

 Enfin, nous demandons la création de « bâtiments totem » qui soient de vrais espaces de “synergies” : lieux de formation, de travail, de coworking et pépinières. Mais pour autant, l’analyse d’un écosystème ne peut se résoudre en une check list.

 

Hub / Bruno Caillet : Si votre discours intègre bien une dimension systémique, vous insistez sur le « bâtiment totem » qui rappelle les logiques de clusters. Pourtant des études comme celles de John Hartley sur l’économie créative montrent bien que ces formes sont dépassées, qu’aujourd’hui un territoire d’innovation repose plus sur sa capacité à produire du lien et du réseau. Ne craignez vous pas que cette approche institue l’innovation et la ferme sur elle-même ? Ne sommes-nous pas là dans un travers de la puissance publique qui a besoin de « totems » pour exister et  qui peine à investir sur l’animation sincère quoique parfois invisible de tels systèmes ? Ces « totems » ne s’opposent-ils pas à les logiques de living lab qui en France échouent, car on ne sait pas produire de la relation pour ce qu’elle est réellement ?

 

David Adolphe : Les deux approches que vous présentez sont complémentaires et intéressantes. Le type de bâtiment dont je parle n’est pas un cluster, c’est un point de rassemblement, conçu comme un réseau. Nous ne développons pas ces outils, nous incitons à le faire. Une démarche qui ne se veut ni top down, ni centralisée. Le living lab Darwin à Bordeaux, par exemple, a la capacité à produire des choses intéressantes, tout en étant bien un lieu de rassemblement. Et nous identifions de mutliples projets de ce type sur tout le territoire. 

 

Hub / Bruno Caillet : Justement Darwin s’est construit hors, si ce n’est contre l’institution. Darwin ne naît pas du désir des collectivités territoriales, il reste gouverné comme une plateforme ouverte. Comment associez vous des démarches centralisées, l’intervention de l’Etat, des lieux totems et une stratégie nécessairement informelle, transverse ? Plus globalement, ces formes sont-elles associables ?

 

David Adolphe : Soyons clairs, dans le cas de French Tech, nous posons des critères, nous donnons l’impulsion sans distinction entre des démarches purement publiques ou privées. Nous cherchons à ce que chacun trouve sa place, sous différentes formes, nous agissons plutôt comme « fluidificateurs » avec comme premier critère un leardership entrepreneurial. Nous restons vigilants à ce que ces lieux ne produisent pas de l’entre soi ou de l’enfermement pas plus qu’ils ne soient conçus comme des institutions. Un renouvellement du label tous les 3 ans a pour effet de prévenir de ces risques. 


Nous savons que certaines institutions qui travaillent sur l’innovation ne sont pas les plus ouvertes à ce type de démarches et restent trop fermées sur elles-mêmes. Nous sommes en recherche de solutions souples et évolutives, ne privilégions pas un mode de gouvernance plutôt qu’un autre tout en restant vigilants sur les propositions qui nous sont faites. Nous insistons pour que les entrepreneurs soient réellement parties prenantes de telles organisations. Le fait même que la collectivité n’ait pas forcément le leadership de ces organisations est une chose nouvelle qui mérite d’être soulignée. Nous assumons le “laisser faire” les initiatives et le fait “d’apprendre en marchant”.

 

Hub / Bruno Caillet : Si l’Etat se contente de distribuer un label motivant et distinctif à certains territoires, groupes de chercheurs et d’entreprises, ne craignez vous pas qu’à terme, comme pour les living lab, tout le monde dispose de son label, ne produise rien de plus et finisse par dissoudre l’intérêt d’une telle démarche ?

 

David Adolphe : L’idée originelle est de limiter le nombre de ces écosystèmes à une dizaine en France, ce qui nous impose une certaine sélectivité. Cette expérience doit ensuite nous permettre d’aider de plus petits territoires à structurer leur propre démarche. Encore une fois, ce label n’est pas définitif, mais renouvelable tous les trois ans. Nous avons conscience du risque de passer d’une démarche qualitative à quelque chose de plus quantitatif.

 

Hub / Bruno Caillet : La démarche que vous exposez est originale du point de vue de l’État. Que voyez vous comme évolution dans les aides à l’innovation développées par la puissance publique depuis 10 ans ?

 

David Adolphe : La réalité de l’innovation et les problèmes de réduction des dépenses font effectivement que les choses changent. Nous ne sommes déjà plus dans la « construction à vie » d’outils et de dispositifs. La réflexion sur la production de dispositifs intègre plus la dimension de l’expérimentation. 
Je remarque depuis le Programme d’Investissement d’Avenir (PIA) une approche plus sélective, moins exhaustive. Il ne s’agit plus d’aider tout le monde mais d’inciter les meilleurs à devenir meilleurs encore, comme avec le Concours Mondial de l’Innovation (CMI). Nous devons noter que le rapport de Fleur Pellerin, Une nouvelle donne pour l’innovation, a fait émerger beaucoup de chose.

 

Hub / Bruno Caillet : La Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS) et plus globalement la puissance publique semblent ancrée dans une innovation qui se mesure à l’innovation industrielle de rupture. Vos dispositifs auraient-ils pu aider il y a dix ou quinze ans un Google ou un Facebook : des inventions essentiellement marketing et d’usage ? Où en sommes-nous du syndrome du Concorde et du Minitel ?

 

David Adolphe : Dans la mesure où ils ont motivé l’émergence d’écosystèmes, le Concorde et le Minitel sont à bien des égards des réussites. Bien sûr il y a toujours de grands plans industriels mais je remarque depuis deux ans une nette évolution. L’approche de l’innovation est plus ouverte, une approche n’excluant pas l’autre. Les ruptures technologiques sont essentielles, mais l’innovation non technologique est un véritable levier de croissance et nous avons des programmes de financements dédiés à ces questions. L’innovation d’usage, marketing et managériale sont pleinement entendues aujourd’hui par la puissance publique en charge de ces questions.

 

Hub / Bruno Caillet : En quoi voyez vous un intérêt à motiver les pratiques de coproduction, quels freins repérez-vous à la mise en place de ces écosystèmes ?

 

David Adolphe : Les intérêts sont multiples pour l’entrepreneur en terme de développement de réseau et pour débloquer des impasses sur ses propres questions, tout en réduisant les coûts. Une telle approche ouvre également les psychologies en faisant comprendre à chacun que l’on gagne plus en pratique d’innovation ouverte que seul, refermé sur soi même. Même les grands groupes l’ont compris. La coproduction avec les collectivités territoriales est plus difficile à cerner, elle peut au moins se penser dans une motivation à acheter de l’innovation. Il y a probablement du côté de la puissance publique des difficultés d’organisations qui sont parfois des freins dans les écosystèmes pour la mise en place de solutions performantes, le mille feuille des compétences n’est probablement pas le plus efficace pour traiter de telles questions.

 

Hub / Bruno Caillet : Et la coproduction avec les usagers ?

 

David Adolphe : Cette approche est aujourd’hui encore peu portée par la puissance publique, même si des métropoles comme Rennes me semblent exemplaires sur l’implication des usagers dans les process d’innovation, notamment sur l’Open Data.

 

Hub / Bruno Caillet : Quelles difficultés voyez-vous à la mise en place de tels process de coproduction et de construction d’écosystèmes ?

 

David Adolphe : Cette transition dans nos méthodes est lente et le passage du concept à la mise en œuvre n’est pas aisé, butant sur des effets psychologiques difficiles à dépasser. Nous avons pourtant la preuve dans d’autres pays, je pense à Israël ou aux Etats-Unis avec San Francisco, que de telles démarches font la différence et peuvent se révéler réellement performante.

 

Hub / Bruno Caillet : Vous parlez d’effets psychologiques, d’un capital de territoire, même de « totems » et vous vous référez à des expériences américaines et israéliennes qui n’ont rien à voir avec notre culture. Ne croyez-vous pas qu’une des actions rapides à mettre en œuvre est de travailler à l’innovation et à la coproduction comme un projet culturel en soit ? Ne devrions pas réfléchir à, comment nous français, avec notre histoire, nos forces et nos manques, nous avons une carte à jouer ? et laquelle ?

 

David Adolphe : C’est juste. D’ailleurs nous publions différents appels à projets sur ces thèmes. Les projets de formations ou d’expositions, comme le festival de la French Tech, sont des leviers que nous investissons et que nous devons probablement pousser plus avant. Mais oui, la dimension que l’on évoque est aussi culturelle.

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