contacts newsletter
retour au hub Plein Sens


Pour vous inscrire à la newsletter entrez votre adresse e-mail.




se désinscrire

blog

Quelles stratégies de développement pour l'économie circulaire ?

03/09/2014

Florian Julien Saint Amand, Conseiller entreprise et économie circulaire à la CCI Montauban est en charge d’une plateforme d’échange sur le territoire pour l’organisation de cycles courts et de partages entre les entreprises. Premiers retours d’expérience.

 

Hub : En quelques mots, en quoi consiste votre projet ?

 

Florian Julien Saint Amand : Depuis 2008 nous travaillons sur ce projet d’économie circulaire sur le territoire Montauban et du Tarn et Garonne, forts de l’intuition que l’économie circulaire et notamment l’écologie industrielle et territoriale, dans ses définitions, recoupait largement celles des missions des CCI, à savoir : aider le tissu local à se densifier en termes d’échanges entre les différents acteurs et placer intelligemment des porteurs de projet sur le territoire afin de le mailler efficacement et de renforcer le tissu économique local. Si sur le concept, tout le monde est d’accord, restait à savoir, comment faire. Clairement, sur ce point il est plus difficile de mobiliser des énergies et des retours d’expériences. Mais l’enjeu était pour nous de donner une nouvelle perspective à nos missions au point où aujourd’hui peu importe que les échanges que nous motivons portent sur des matières, de l’eau, de l’énergie… ce qui compte d’abord c’est de produire de l’échange.

 

Hub : La question de ré-usage des matières premières est donc presque un alibi dans votre projet ?

 

FJSA : Oui l’enjeu était d’abord pour nous, de produire une circularité sur le territoire.

 

Hub : Comment avez-vous travaillé à faire partager votre projet ?

 

FJSA : Nous avons dû d’abord faire un travail d’évangélisation. Nous sommes allés essentiellement, dans un premier temps, vers les entreprises qui comprenaient très bien la question et qui avaient un intérêt direct à participer à de tels cycles. Cela nous a permis d’avoir des échanges intéressants, mais cela a aussi beaucoup limité la démarche car notre action, ne pouvant répondre immédiatement à la demande, s’est révélée déceptive. Aujourd’hui nous avançons plus, de manière masquée. Nous cartographions les entreprises sur le territoire et la nature des potentiels échanges mais nous n’allons que rarement voir directement une entreprise sur le sujet de l’économie circulaire. Cette plateforme est centrale dans nos travaux, partagée par tous les collaborateurs de la CCI mais, l’économie circulaire n’est pas la démarche première. A chaque fois que nous rencontrons une entreprise, quelque soit le sujet, nous sommes attentifs aux coproduits, mais nous ne faisons pas de cette question une fin en soi. C’est quand nous trouvons un lien possible, grâce aux données collectées, que nous retournons vers les entreprises et que nous les accompagnons sur la démarche d’échange.

 

Hub : Pourquoi cette approche masquée ?

 

FJSA : Parce que quand on parlait d’économie circulaire et que l’on essayait tout de suite de partager le concept avec notre interlocuteur, il y avait beaucoup d’incompréhensions et cela nous empêchait soit de travailler, soit nous ne pouvions garantir un retour rapide sur investissement. Dans les deux cas, notre démarche était déceptive. Comme pour le covoiturage, il y a un effet seuil pour qu’un tel système fonctionne. Si l’on est dix sur la plateforme, il ne se passe pas grand-chose. Dans les premiers temps on demandait beaucoup de temps à l’entreprise pour discuter avec elle, observer ses flux, faire une comptabilité de ses coûts produits, nous abordions plein de sujets, sans l’assurance d’une réponse à court terme. 

 

Hub : Quel est votre choix d’approche aujourd’hui ?

 

CCI : Nous sommes plus orientés aujourd’hui sur la question de savoir comment optimiser les coûts. Fort de cette approche axée sur la compétitivité, nous collectons des informations qui nous permettent de comprendre les besoins de l’entreprise et voir comment, dans son métabolisme, on peut faire intervenir des voisins pour apporter une réponse effective. Là, nous pouvons obtenir des projets concrets de réponse et c’est à cet instant que l’on peut mobiliser à nouveau l’attirail conceptuel. Nous ne mobilisons maintenant nos interlocuteurs qu’après avoir identifié des flux pour lesquels on peut apporter une réponse. 


Nous privilégions maintenant un travail continu sur la cartographie qui par nature évolue en permanence. Forts de ces échanges, nous procédons au cas par cas aux mises en relation. Nous sommes donc encore sur une phase d’initiation qui nous permet pour le moment de faire émerger deux à trois synergies concrètes par an. Les ressources que cela suppose sont conséquentes, et nous ne les avons pas (1 ETP est consacré à la mission pour le moment).

 

Hub : Une démarche comme la vôtre serait-elle automatisable et partageable entre d’autres acteurs ?

 

FJSA : Oui nous avons développé un logiciel à ces fins et plus particulièrement pour capitaliser la donnée, la géolocaliser et la rendre « parlante ». Cet outil, est une application de gestion des flux, permettant l’échange et la mutualisation de matière, d’énergie, d’eau et de services entre entreprises d’un territoire dans une perspective d’économie circulaire. Conçu pour potentialiser l’action d’un conseiller de terrain, il lui fournit les moyens de construire au fur et à mesure de son travail une cartographie du métabolisme de son territoire d’action. Cette cartographie fait ainsi apparaître les liens pouvant être tissés entre les acteurs économiques existants et les chaînons manquants dans les chaînes de valeurs du territoire. 

 

La principale différence avec tout ce qui existe aujourd’hui est le parti pris de ne pas se risquer dans un algorithme de mise en relation automatisé des flux. Notre retour d’expériences sur les outils de ce type est qu’ils génèrent trop de faux positifs et qu’aujourd’hui personne ne peut s’offrir ni justifier les moyens humains pour traiter ces résultats de manière exhaustive. « Expliquer » à un ordinateur le travail d’analyse et de mise en perspective d’un opérateur humain formé est complexe et utopique car ce qui conditionne au final la mise en œuvre ou non d’une synergie est essentiellement lié à des facteurs socio-culturels (contexte territorial, envies des acteurs, échos aux enjeux des entreprises / institution, orientation des lignes budgétaires dans des dispositifs d’aide, force de persuasion des parties prenantes…). 

 

Aujourd’hui, nous demandons aux chefs d’entreprises non pas de nous flécher tous les flux, mais uniquement ceux sur lesquels ils ont envie de travailler. La volonté d’exhaustivité que nous avons eu au départ, nous a au final, complètement bridée car la mise en relation n’intégrait pas la nécessaire créativité, la conviction, dans laquelle s’inscrit un conseiller de territoire. Nous préférons maintenant, pour être concrets, avancer par phases et nous concentrer sur les principales difficultés des entrepreneurs.

 

D’après notre expérience, l’économie circulaire ne peut se réaliser qu’in vivo, c’est l’action du conseiller au travers de sa compréhension du contexte territorial et technico-économique qui révèle les synergies. Mais pour être efficaces, partageables et collaboratives ces démarches ont besoin d’outils comme celui que nous avons développé.

 

Hub : Comment associez-vous aujourd’hui ce travail chronophage, peu probant en termes de résultat, avec un travail de maillage plus structurant mais qui offre peu de lisibilité, comment défendez-vous cela ?

 

CCI : Nous avons mis l’outil de production d’échange en second niveau de nos relations mais cette démarche est maintenant ventilée dans la mission de tous les collaborateurs de la CCI. Ce temps de collecte d’information est partagé et génère des pratiques plus mutualisées entre les collaborateurs. Plus que de viser un résultat court terme, nous construisons maintenant, avec cet outil, une solution d’intelligence partagée.


Face à des résultats quantitatifs encore limités, cette conduite de changement, elle, est mesurée, et permet de faire grandir notre démarche. Aujourd’hui nous nous concentrons plus sur un partage d’expérience et de méthode. A moyen terme, nous souhaitons intégrer dans nos modes de fonctionnement classique, tout ce qui permet à l’outil de vivre et nous le faisons de façon à ce que cela devienne un réflexe dans la conduite de notre activité. Déjà nous mesurons que le partage de cet outil et des données entre les opérateurs de la CCI, fluidifie nos différentes actions.

 

Hub : Quels sont selon vous les facteurs clés de succès d’un tel projet d’intermédiation ?

 

FJSA : D’abord penser à un niveau micro et faire que, ne mesurant pas le résultat à venir, tout ceci restant très théorique, partager ces solutions en interne pour faire évoluer nos modes d’actions et d’échanges. Chacun doit mesurer son intérêt à participer à l’alimentation d’un tel programme. Ce produit nous a appris la transversalité et nous en mesurons l’intérêt. La multiplication des regards sur nos actions nous permet, sur le terrain, d’être beaucoup plus performants. Personnellement, je m’autorise aujourd’hui à travailler sur des questions de co-investissement, de partage de salariés, sujets bien loin de ma spécialité, mais jugée essentiels auprès des entrepreneurs. Les premiers à avoir créé de la synergie, c’est nous même.


Pour ce qui est à ne pas faire, c’est probablement, de travailler une évangélisation, de diffuser un discours qui vient de l’extérieur. Un tel discours, trop conceptuel, pas assez contextualisé, peut générer une distance, non productive. Une action moins ambitieuse, par les petites réalisations, au moins, est une action concrète, plus motivante et compréhensible pour nos interlocuteurs. Transversalité, lisibilité et faire la preuve par l’exemple, me semblent être les points importants des facteurs clés de succès d’un tel projet. Nous ne devons jamais oublier la territorialisation du discours.

 

Hub : D’autres acteurs publics ou para-publics vous accompagnent-ils dans cette action ?

 

FJSA : Nous travaillons, grâce au déploiement de cet outil à le partager avec des partenaires institutionnels. De cette façon, je pense que nous allons créer de véritables effets de synergie de territoire. C’est ce que nous visons en tout cas. L’outil est open source. Ce que nous voulons d’abord c’est le partager, partager les données, pour créer cette dynamique de transversalité et de fluidité surtout ne pas construire notre légitimité sur des données qui nous seraient propres. Retenir les données donne un certain pouvoir à court terme mais à moyen / long terme cela va à l’encontre de l’effort de la dynamique de transversalité et d’échange que nous visons. Notre légitimité c’est notre capacité à analyser les données, à les partager, à animer ce réseau d’acteurs qui participe à l’alimentation de l’outil. Cette approche de médiation territoriale est dans le sens de l’histoire.

 

Propos recueillis par Bruno Caillet

Tweets de @Hubservateur

Les 6 principes clés de l'économie symbiotique http://t.co/KPzNS10fGs


plus

Tweets de @Hubservateur

Comment réintroduire de l'imagination en politique? http://t.co/AqJq1OqVDt via @LeHuffPost


Nos
partenaires :

logos partenaires