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Richard de Logu, Labfab Rennes : “trouver un équilibre entre consensus et responsabilité”

25/06/2014

Interview - Richard de Logu, directeur de l’association Bug, à l’origine du projet et aujourd’hui porteur du Labfab, expose la singularité de ce projet en terme de gouvernance. 

 

En février 2012, le Labfab - pour laboratoire de fabrication numérique - ouvrait ses portes au grand public dans les locaux de l'École européenne supérieure d'art de Bretagne, à Rennes. Le Labfab s’inscrit dans le mouvement de l’électronique libre et de la réappropriation des moyens de productions par les citoyens, un lieu et un outil dédié à l’accès à tous à la réparation et à la fabrication d’objets et au montage de projets basés sur l’électronique et l’open source. Le Labfab met à disposition des usagers des imprimantes 3D, une découpe laser, dispense des formations Arduino et surtout propose un accompagnement de chacun par des spécialistes professionnels et bénévoles de l'électronique libre. 

 

Le Labfab est aujourd'hui le projet le plus abouti de Fablab en France, un projet particulier dans la mesure où un grand nombre d’acteurs du territoire s’était mis autour de la table pour faire émerger et rendre opérationnelle dans des délais très courts une idée et un projet commun. Richard de Logu, directeur de l’association Bug, à l’origine du projet et aujourd’hui porteur du Labfab, répond aux questions de l’hubservatoire :

 

En quoi peut-on parler de projet de coproduction avec le Labfab ? Quels sont les acteurs autour de la table ? Comment est né ce projet.

 

Le projet Labfab est coproduit par la Ville de Rennes, Rennes Métropole, Télécom Bretagne, L’Ecole européenne supérieure d’arts de Rennes (EESAB), l’association Bug, la Région Bretagne, la Chambre de commerce et d’industrie de Rennes et la Petite Rennes (NDLA : un atelier participatif de réparation de vélos)

 

La particularité du Labfab est un projet collectif né surtout de la rencontre en terme d’intérêts pour la fabrication numérique d’acteurs de Rennes Métropole et de l’association Bug, auxquels sont venus s’agréger progressivement d‘autres acteurs. L'autre originalité et sa vraie singularité reste que le Labfab n’a aucune structure juridique, la gouvernance se fait par le biais d’un comité de pilotage, les décisions se prennent sous forme de consensus, de manière à évaluer l’opportunité d’aller sur certains projets ou pas sur d’autres.

 

L’intérêt d’une telle structure est de pouvoir aller sur un plus grand nombre d’événements, ce qui participe de la notoriété du Labfab sur le territoire, en France et à l’international. Le Labfab repose sur une dizaine de personnes, ce qui nous permet d’être à la fois présent sur la Maker Faire Paris, la Maker Faire Rome, le Toulouse Hackerspace Factory ou le Festival D, des événements qui pour certains sont vraiment du domaine des hackers, d’autres qui se situent plutôt dans la recherche de nouveaux modèles économiques. Nous pouvons ainsi embrasser une palette d’activités beaucoup plus importante. 

 

Il faut tout de même reconnaître que l’inconvénient d’un tel type de structure réside dans un peu plus de lenteur dans la prise de décisions, le seul point qui fait que nous sommes parfois un peu ralentis. Globalement, les choses se font très bien. 

 

Concernant les objectifs du Labfab, ont-il été clairement définis et sont-ils partagés par toutes les parties prenantes ?

 

Les objectifs ont effectivement été clairement définis lorsque nous nous sommes réunis autour de la rédaction de l’appel à projet Fablab (lancé par Fleur Pellerin en 2013, pour lequel 14 dossiers ont été sélectionnés parmi les 154 candidats). Des objectifs qui doivent être évalués et qui sont donc suivis à chaque comité de pilotage. Nous avons maintenant cette base commune. On constate par contre que certains comme la Région Bretagne, qui sont à l’origine de l’aventureen 2012 mais qui n’ont pas participé en 2013 à l’appel à projet sont aujourd’hui un peu en retrait par rapports aux autres acteurs. 

 

Pensez-vous que ce modèle de coproduction est reproductible partout, ou y a t-il un terreau favorable à Rennes ? 

 

Pour être honnête, le modèle rennais est vraiment à part, on peut parler de l’exception qui confirme la règle. La ville de Rennes est l’une des villes où le tissu associatif est le plus développé en France, la culture de l’association - au sens premier du terme - est réellement intégrée par toutes les sphères de la ville. Nous avons ainsi pu développer avec les années un système de confiance réciproque qui nous permet aujourd’hui de nous lancer sur des projets communs de manière très agile et sans avoir à passer par des phases de montage et de validation longues, fastidieuses et souvent destructrices pour les initiatives. 

 

Je ne suis pas certain que ce type de modèle puisse se reproduire ailleurs. En revanche, il est reproductible à d’autres projets à Rennes, comme nous allons le faire avec la Maison des associations - actuellement en travaux pour une réouverture prévue en janvier 2015 - dont la gouvernance se fera de la même manière, par les occupants de la Maison, dans une structure ouverte et sous forme de consensus. 

 

Néanmoins, Il faut rappeler que même dans ce type de gouvernance, le mot de la fin revient toujours à celui qui porte la responsabilité juridique et financière, la seule règle que nous nous sommes donnée tant au Labfab qu’à la Maison des associations (tous deux portés par Bug). Il s’agit de trouver un équilibre entre le consensus et la responsabilité. 

 

La question de la propriété intellectuelle pose parfois problème dans les projets de coproductions. Comment le Labfab a t-il anticipé ces questions ? 

 

Tout ce qui est créé dans le cadre du LabFab est open source, toutes les productions doivent êtres distribuées en open source.  Ce principe de base est appliqué y compris dans les rapports avec les entreprises, qui doivent accepter nos règles. 

 

En revanche, le seul point sur lequel nous avons choisi de ne pas être “ouvert” est sur le nom du Labfab, que nous avons récemment déposé à l’Inpi, de manière à se préserver d’une personne qui déposerait la marque à notre insu. Nous avions déjà acheté le nom de domaine en 2012, mais aurait pu se poser la question de l’antériorité : il aurait suffit qu’une personne dépose la marque Labfab.fr pour que nous soyons obligés de lui restituer le nom de domaine.

 

Pour la suite, le Labfab n’étant pas en mode “projet” mais doit fonctionner sur le long terme, vous êtes vous fixé des objectifs ?

 

Nous nous sommes fixés des objectifs de structuration, notre spécificité est que nous devons pouvoir maintenir notre activité au-delà du financement et de la subvention de l’état. A échéance mars 2016, il faut que nous ayons trouvé notre vitesse de croisière. 

 

Compte tenu aujourd’hui des conditions économiques actuelles, il est clair que Rennes Métropole comme les autres collectivités ne pourront pas pallier la perte du financement de l’Etat. Il y aura toujours une part de public, mais plus réduite.  Les services des collectivités - moins que les élus - ne mesurent pas toujours à quel point le Labfab ne peut être classé dans les seuls “usages numériques” mais est un projet transversal (économique, éducation, social…). Or, nous savons bien que les postes “communication” et “usages du numérique” sont les premiers à baisser lorsqu’il faut réduire les budgets des collectivités. 

 

Nous sommes conscients de devoir trouver nos modèles économiques d’ici à la fin de la période couverte par l’appel à projet. 

 

Propos recueillis par Régis Chatellier

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