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Stéphane Vincent (27ème Région) : “coconception et la coproduction ne sont pas neutres politiquement"

09/03/2015

Stéphane Vincent dirige la 27ème Région, un « laboratoire de transformation publique » dédié aux conditions de coconception et d’accompagnement des politiques publiques. Le laboratoire fait le pari de la pluridisciplinarité en mobilisant des compétences issues du design et de la conception créative, des sciences sociales (ethnologie, sociologie de terrain, observation participante) et des pratiques amateurs (do it yourself, éducation populaire etc).

 

Il pose un premier regard sur le rapport d’étape produit par l’Hubservatoire en janvier 2015. 

 

Stéphane Vincent : coconception et coproduction sont deux choses différentes. La 27ème région travaille plutôt sur la coconception de démarches, de services avec les usagers… Quand l’acteur public fait le choix d’une coproduction, il s’inscrit dans une démarche qui ne peut vivre que dans la coproduction, ce pour des raisons d’obligation juridique, de moyens, de manque de compétences.... 

 

Bruno Caillet : Pour notre part nous visons bien les questions de coproduction de l’innovation et nous considérons pour le moment que sans une phase préalable de coconception, on se donne simplement moins de chances de réussir un projet.

 

SV: Certainement. Pour réussir tout projet de ce type, il me semble important de considérer l’histoire et le contexte politique de ces projets. Nous avons publié en 2010 une note de l’agence NESTA (National Endowment for Science, Technology and Arts) explicant la théorie derrière tout cela. Avec le thatchérisme, on a beaucoup compté sur l’autorégulation du marché, les usagers ont été positionnés comme consommateurs de services. Résultat l’administration n’a jamais été aussi coûteuse et peu efficace que sous Thatcher. Pour d’autres théoriciens, considérer les usagers comme une variable d’ajustement dans les schémas de co-construction est voué à l’échec, rien ne fonctionnera s’ils ne sont pas parties prenantes. Il y a un background politique derrière la notion de coproduction, il est important que chacun énonce de quel point de vue il entame une telle démarche.

 

BC : C’est ce que l’on essaie de mettre en avant en questionnant les conditions de bien commun et d’intérêt général. L’un, anglo-saxon, laissant la place aux intérêts privés avec tous les risques inhérents, l’autre délégant cette question à l’administration. Dans les deux cas, il y a un risque de confiscation.

 

SV : Ces questions sont effectivement culturelles et ne s’adaptent pas de la même façon aux contextes politiques. À la lecture de votre première synthèse, je pense d’abord nécessaire de repréciser à quoi sert la coproduction, ce que l’on en attend. La fétichisation d’une telle approche ne conduira à rien. Pourquoi s’inscrire dans de telles démarches ? Cela fait sens si l’on considère la nécessité d’aborder la question de l’usage dans les politiques publiques ainsi que la nécessaire transversalité de la conduite des politiques publiques. Une telle approche ne doit pas être systématique car on n’en pas toujours besoin. Pour l’acteur public, il est aussi nécessaire de se recentrer, de mettre en perspective ce que l’on vise. C’est à la seule condition de savoir précisément ce que l’on cherche, que l’on peut mettre en œuvre des pratiques intéressantes et en mesurer l’utilité. Le « co » ne peut être un objectif en soit.

 

Sur les méthodes et les processus, on dispose de plus en plus de patterns, notamment sur les terrains de l’innovation sociale. Autour d’une figure en ellipse, on développe une simple démarche commençant par l’identification d’un manque, puis par la tentative de construction des réponses sous forme de prototype, et ainsi de suite… Des méthodes de coconception existent, ce serait intéressant de les confronter aux conditions de coproduction. 

 

Concernant toujours la lecture de ce rapport d’étape, vous soulignez enfin l’importance du jeu des acteurs. Par la convention et l’échange, je pense qu’il importe véritablement de créer des cadres bienveillants et neutres. Je remarque, et c’est assez étrange, que de tels cadres sont en fait neutres et militants. Neutres car les hiérarchies doivent s’effacer, et militants car dans cette bonne intelligence, l’enjeu pour chacun est de mieux travailler pour eux-mêmes et au profit d’un meilleur service public. Ce cadre s’inscrit au dedans et au dehors, ni trop inscrit dans le cadre de décision, ni trop hors sol et sans légitimité. Selon moi, ces lieux neutres passent aussi par des espaces dédiés. 

 

La confiance est au cœur de tout cela, une des raisons qui expliquent les difficiles conditions de coproduction qui généralement s’élaborent dans un temps court et non ré-évalué. La confiance, c’est aussi la nécessité d’investir une grande énergie dans le montage de protocoles préalables aux expériences, où chacun va se projeter et anticiper les problèmes à venir. Il est important de tout le temps préparer les gens à ce qui va se passer après. La question du vocabulaire partagé entre les acteurs est donc un élément à traiter avant toute rencontre entre acteurs de différents domaines. 

 

Par exemple, le mot expérimentation n’est en général ni clair ni partagé par les différentes parties prenantes. Pour les acteurs publics ce terme est inscrit au code des collectivités, elle les autorise à tester de nouvelles compétences et cette question est pour eux institutionnelle, elle ne vise donc en rien l’expérience utilisateur. Le terme d’innovation est pire encore. Jamais la puissance publique n’intègre le processus d’innovation dans cette approche et se concentre généralement sur le produit final, c’est pourtant essentiel d’intégrer tous les éléments d’un protocole. L’enjeu n’est pas de mettre d’accord les parties prenantes mais de comparer leurs écarts.

 

BC : Cela fait 6 ans que vous conduisez la 27ème région, que remarquez-vous des changements concernant le rapport des acteurs publics et de l’innovation ?

 

SV : Les choses changent du côté des collectivités, qui ont plus de souplesse que l’État. Dans ces collectivités, je vois une souffrance des agents qui sont pris dans des logiques de division du travail. Les conditions du nouveau management public ont fait énormément de mal. Tout passe par des chiffres et des tableaux de bord, comme si l’on ne voyait plus ni les gens, ni les sujets. Les phénomènes de burn out ne sont plus rares. Aujourd’hui, dans les conseils généraux, tout est mal pensé au point où ça devient invivable pour les agents. Nous sommes confrontés à un épuisement des sciences de gestion traditionnelles. Je constate aujourd’hui que tout le monde au plus haut niveau en est conscient, cela se joue partout en Europe. 

 

Le changement ne se déroulera pas simplement au niveau des méthodes, la coconception et la coproduction ne sont pas des choses neutres politiquement. D’un côté on peut se servir de ces approches co-construites pour dynamiser nos démocraties, de l’autre on peut plus prosaïquement abandonner tout ou partie du service public, comme en Grande Bretagne. Avant tout, on doit d’abord se demander quel projet de société nous souhaitons construire. 

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