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Vers la coproduction d’un urbanisme en circuit-court ?

23/10/2014

Le projet BIMBY ("Build in My Back Yard"), porté par Benoit Le Foll et David Miet et sélectionné en 2009 par l'Agence Nationale de la Recherche dans le cadre de son appel à projets "Villes Durables'' vise à développer un nouveau modèle et une nouvelle filière de la production de la ville par la densification des zones pavillonaires, partant de l'hypothèse que c'est par la mobilisation des acteurs de l'urbain (habitants, techniciens, élus) que l'on pourra densifier. 

 

Avec Bimby, l'intérêt des individus à diviser leur terrain et le valoriser sur le marché immobilier (pour la construction d'une nouvelle maison) peut aller dans le sens des intérêts de la collectivité devant offrir des nouvelles solutions de logements, sans contribuer à l'étalement urbain. En accompagnant les propriétaires et en définissant des règles d'urbanisme adéquate, Benoit Le Foll et David Miet font le pari que les intérêts individuels et collectifs peuvent se rejoindre pour faire émerger la ville durable dans les tissus pavillonnaires existants - plutôt que par l'étalement urbain fusse à coup d'éco-quartiers. Benoit Le Foll nous en dit un peu plus. 

 

 

Comment vous est venue cette idée de la démarche Build in My Backyard ? 

 

Lorsque l’on est urbaniste, rationnellement, on pense qu’il faut densifier les villes plutôt que poursuivre des politiques d’expansion et d’étalement urbain. C’est donc naturellement que nous avons imaginé ce concept de Build In My Backyard avec David Miet, dans le cadre des nos études. Lorsque nous avons présenté le projet pour notre diplôme, nous avons obtenu une mention très bien, mais déjà, nos professeurs nous expliquaient que la démarche était certes intéressante, mais inapplicable. 

 

La pensée dominante selon laquelle les gens seraient des individualistes primaires était tellement ancrée que tant nos professeurs que des décideurs que nous avons rencontrés plus tard nous décourageaient d’entreprendre une telle démarche. Ce qui nous a motivé encore plus. 

 

Nous étions persuadés que les personnes qui ont acquis il y a une trentaine d’années un grand terrain pour construire leur maison ont pu évoluer depuis et avoir de nouveaux types de besoins. La grande pelouse sur laquelle jouaient leurs enfant au football n’est plus nécessairement leur priorité. Le financement de notre projet de recherche par l’Agence nationale de la recherche nous a permis de nous lancer pour valider notre concept. 

 


Illustration - Bimby - CC-BY-SA

 

 

 

 

Comment avez-vous procédé pour construire cette démarche de coproduction ? 

 

D’abord, et surtout, ne pas arriver chez les habitants avec un sondage du type : “Bonjour, souhaitez-vous que l’on construise une maison dans votre jardin ?”. Ensuite, sortir des modes habituels de concertation dans l’urbanisme consistant à venir avec un projet déjà ficelé pour le présenter à la population, leur demander ce qu’ils en pensent, en espérant les convaincre coûte que coûte du bien fondé du projet. Cette démarche top-down et ce rapport de l’expert aux habitants est contre-productif, d’autant plus quand il s’agit d’un projet comme Bimby où nous devons réellement faire appel à l’expertise des habitants. 

 

La démarche Bimby consiste avant tout à établir un mode de coproduction avec les habitants avec l’entremise d’un architecte médiateur dont le rôle est d’injecter de la connaissance et des savoir-faire, expliquer le concept, les avantages, les risques et surtout de prendre en compte l’expertise de chaque propriétaire à l’échelle du voisinage et du micro-local. Nous sommes dans une démarche d’intermédiation entre l’habitant - que nous devons accompagner dans le montage d’un projet - et la municipalité qui in fine établira les permis de de construire. 

 

Nous sommes là dans un processus qui répond aux dimensions de notre époque, nous ne pouvons plus fonctionner comme il y a 50 ou 60 ans. Auparavant, c’était plus facile, nous avions un grand propriétaire terrien, souvent un agriculteur, avec qui il s’agissait pour la municipalité d’aller négocier pour le terrain afin de l’intégrer au Plan local de l’urbanisme, construire du logement et contribuer à l’étalement urbain. Ces politiques ne sont plus durables aujourd’hui et il faut pouvoir travailler au niveau micro pour révéler le potentiel de développement urbain à l’intérieur même de la ville. 

 

 

Cette approche micro entre en contradiction avec les modes habituels de développement urbain où l’on fait appel à des grands penseurs de la ville pour des projets vitrines, on pense notamment à tous ces nouveaux quartiers de logements collectifs qui se développent dans les villes. On peut donc se poser la question de l’accueil des tenants du marché de l’urbanisme ? 

 

Effectivement, nous sommes là dans une remise en cause du paradigme dominant, et donc des habitudes en vigueur chez les professionnels. C’est à tous les niveaux qu’il s’agit de modifier la perception des acteurs. 

 

Nous devons d’abord créer de nouveaux modèles économiques de la construction en Bimby. Aujourd’hui, nous nous adressons à des ménages modestes qui pour rendre disponible une partie de leur terrain à la construction doivent d’abord investir - même des petites sommes - pour clôturer leur terrain, ouvrir des espaces. Les banques sont souvent réticentes à suivre pour des sommes de 3 à 4 000 € même quand les revenus espérés atteignent 150 000 €. Il faut pour cela rendre accessible l’optimisation foncière aux individus : une personne âgée qui vend sa maison pour en construire une plus petite au fond du terrain enclenche un processus rentable et sécurisé qui lui permettra de générer des revenus (le prix d’achat de la petite maison étant inférieur à celui de la vente de la grande). Aujourd’hui, c’est encore impossible, les lois d’optimisation ne sont accessibles qu’aux promoteurs professionnels. Pourtant, aucun habitant n’aura de visée purement spéculative : celui-ci n’aura jamais intérêt à dégrader son espace de vie. 

 

Bimby a été adopté par de nombreuses municipalités, de gauche comme de droite : nous avons travaillé avec une cinquantaine de communes et avons atteint fin 2014 la millième personne reçue par un architecte pour envisager ses projets. Mais étonnamment, les professionnels du secteur sont réticents à ce type de démarche, même les établissements publics foncier qui nous voient comme des concurrents potentiels, qui pourraient faire baisser leurs ventes. 

 

Les constructeurs de maisons individuelles, à qui nous apportons des marchés, sont eux aussi circonspects : ils préfèrent acquérir des lots de 1000m2 dans des lotissements pour fabriquer du mono-produit en direction des primo-accédants, éligible aux différentes lois d’aide à l’accession. Un modèle qui a déjà montré ses limites, un primo-accédant aujourd’hui préférera s’il le peut acheter un bien ancien qu’une maison “low cost” de moindre qualité.

 

On peut encore citer les géomètres qui préfèrent les gros projets de quartiers que les micro-ouvrages, ou les architectes qui voient dans la construction individuelle des modèles peu avantageux. Tout ceci reste bien sûr à relativiser dans la mesure où ce sont les organismes de représentation de ces métiers qui s’expriment, donc les plus “gros”. Nous savons bien que la grande majorité des géomètres, des architectes, des constructeurs et des urbanistes, qui sont des indépendants, seront beaucoup plus susceptibles d’adopter ces démarches d’urbanisme en circuit-court. 

 

Où en êtes-vous aujourd’hui, comment peut-on s’approprier cette approche dans les projets d’urbanisme ? 

 

Depuis la fin du projet de recherche, nous avons lancé chacun notre activité avec David Miet, lui plutôt dans l’accompagnement des municipalités avec Villes Vivantes, et moi dans le conseil en division parcellaire auprès des habitants avec Terra In Design. Ce faisant, et c’était notre souhait depuis l’origine, l’ensemble de la démarche Bimby reste libre. 

 

Nous avons du nous battre pour cela, “jeunes utopistes que nous étions”, les partenaires du projet - notamment publics - étaient contre cette liberté. Nous avons dû acheter la marque, rédiger un règlement dans lequel il est précisé que celle-ci est ouverte en Creative Commons BY-SA 2.0

 

Aujourd’hui, chacun peut ainsi s’approprier le Bimby pour entreprendre un projet d’accompagnement dans une ville, à la condition de respecter la licence et de poursuivre la documentation de la démarche. 

 

 

 

Propos recueillis par Régis Chatellier

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