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Vous avez dit coproduction ?

27/08/2014

Lancer une étude des processus de coproduction de l’innovation afin de comprendre les ressorts de succès ou d’échec de projets multi-acteurs est ambitieux. Une ambition qu’il conviendra de cadrer au fil de nos recherches par une méthode elle même innovante et coproduite. En préambule, il nous semble nécessaire de définir les termes du sujet, qu’est-ce que l’innovation ? Qu’est-ce que la coproduction, quels sont ses liens avec avec le collaboratif ? 

 

Le mot innovation lui même est tellement répandu et répété aujourd’hui que l’on pourrait croire à un mantra dont le sens premier se serait perdu au fil du temps. La définition de l’innovation ne fait d’ailleurs pas consensus, une lecture de la page wikipedia dédiée nous permet de constater que le concept recoupe différentes approches selon le prisme par lequel celui-ci est défini : économie, affaires, entreprise, etc. Nous nous intéressons ici à l’innovation au sens large, qu’elle soit sociale, technologique ou organisationnelle, dans le champ économique, de l’environnement, du numérique, associatif, culturel...Nous garderons comme définition celle donnée par l’Observatoire des innovations de la Cité des sciences et de l’industrie : “Innover, c’est réussir le pari de lancer quelque chose de nouveau sur le marché, une source d’énergie, une matière première, un produit ou un service, un mode d’organisation ou un procédé. [...] mille exemples d’innovations mais pas de définition standard”. 

 

Le terme coproduction est celui qui nous intéressera le plus ici, celui sur lequel porteront tous nos efforts de recherches. Ce terme, que l’on avait jusqu’à récemment surtout croisé dans les génériques au cinéma a acquis depuis quelques années une nouvelle signification dans le domaine des services publics. Au Royaume-Uni, le désengagement progressif de l’Etat dans les politiques sociales menées notamment par Margaret Thatcher et sa fidèle TINA aura transformé la notion de services publics. Devenus des éléments du marché, ils sont désormais soumis à des contraintes de compétitivité économique, au détriment de leur qualité. On notera que c’est dans le même mouvement qu’est apparue la notion de gouvernance, et son corollaire, le management totalitaire. C’est dans ce contexte de rationalisation à l'extrême des services publics et de leur dégradation que la coproduction a émergé, par un phénomène de réaction se donnant pour objectif de donner le droit aux usagers à obtenir de meilleurs services, ainsi et surtout que la capacité à les améliorer par eux-mêmes. 

 

Les auteurs de la publication The Challenge of Coproduction, how equal partnerships between professionnals and the public are crucial to improvig public services, Michael Harris et David Boyle, cités par Laura Prandelle (27ème Région), donnent la définition suivante : « délivrer un service dans une relation réciproque et égale entre les professionnels, les utilisateurs, et la sphère familiale et sociale des utilisateurs ». Laura Prandelle ajoute que “chaque partie devient un agent de changement, d’amélioration ou d’évaluation du service en puissance”. Cette notion de coproduction “à l’anglaise” est très bien lllustrée dans le documentaire de Ivo Gormley, Us Now, où l’on voit des citoyens s’organiser sur un modes horizontal et collaboratif par l’utilisation des réseaux sociaux, les forums ou des plateformes comme CouchSurfing. 

 

Michael Harris et David Boyle considèrent que l’on a oublié en route les usagers et surtout leurs compétences dans la création et l’amélioration des services, d’où une baisse de leur efficacité. La coproduction revient dans ce cadre à faire appel à tous les pans de la société concernés par le dit service pour la production et l’amélioration de celui-ci, non plus sur un mode consultatif ou de panel utilisateur, mais dans une relation de long terme où chacun devient responsable, les individus au même titre que les prestataires. Rapportés, à l’innovation, les projets rassemblant toute la chaîne d’acteurs concernés dans des relations équilibrées et de long terme pourront être entendus sous ce terme de coproduction. 

 

Cette définition donnée en 2010 précède de peu le boum de l’économie dite collaborative (dans laquelle Couchsurfing a progressivement été remplacé par AirBnB), dont le déploiement et le succès ne se démentent pas depuis une paire d’années. Le collaboratif, se référant plus particulièrement au pair à pair et à la capacité des individus à organiser des relations de marché horizontales, a comme point commun avec la coproduction (des services publics) d’apparaître dans les mêmes conditions : quand la coproduction est née dans un cadre de crise des services publics au Royaume-Uni, l’économie collaborative prospère dans un cadre de crise économique et de perte relative de pouvoir d’achat de ses utilisateurs. D’abord présentée et promue comme un nouveau paradigme économique, l’économie collaborative vie aujourd’hui sa “crise de puberté” (Antonin Leonard, Ouishare), faisant notamment l’objet de critiques : la journaliste étasunienne Susie Cagle, citée par Hubert Guillaud, qualifie l’économie collaborative de “capitalisme de catastrophe, ne donnant ainsi que peu de crédit aux vertus supposées de l’économie du “partage”. Le fait que la “coproduction” comme le “collaboratif” soient nés dans la pénurie et par la nécessaire organisation des individus en période de crise ne doit pas occasionner leur disparition dès lors qu’une hypothétique période de croissance et de prospérité se répandra en France et ailleurs. 

 

Une collectivité n’est pas une PME, qui elle même n’est ni un usager, ni une université. Pourtant chacune de ces entités a la capacité à participer et à améliorer la création de biens et services publics ou privés, ces entités et d’autres forment les “organes de la machine” dont la paralysie de l’un ou l’autre viendrait à handicaper l’ensemble du processus d’innovation. Nous faisons avec l’hubservatoire l'hypothèse que la “coproduction” de l’innovation est bien plus qu’un simple levier d’économies budgétaires. Si elle est bien menée, la coproduction devra apporter des nouveaux biens et services aux usagers et clients par des modes non plus purement verticaux mais réellement participatifs. Un "produire en commun" qui ne doit pas seulement répondre à des politiques de redressement et de compétitivité, mais se poser en choix de société.

 

Régis Chatellier

 

 

Aller plus loin : 

 

- Us Now (vostf) : 

 

- David Boyle and Michael HarrisThe Challenge of Coproduction, how equal partnerships between professionnals and the public are crucial to improvig public services, Nesta - Making innovation Flouris, 2009 (pdf).

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